LE JOURNAL TELEVISE
Le journal télévisé est un "média immédiat" qui ne peut être de l'histoire en raison de l'absence du recul, du temps de la réflexion ; c' est aussi un spectacle: il est organisé de manière à tenir le téléspectateur "accroché" à la chaîne pendant toute sa durée (30 mn ou plus!), en l'empêchant de "zapper" sur une chaîne concurrente car les enjeux économiques de cette tranche de programmes sont très importants.
On a attiré le spectateur par un "avant-journal" raccoleur, et on profite du temps "autour du journal" pour multiplier les prétextes à supports publicitaires ou à sponsoring de rubriques: tirages des produits de la "Française des Jeux", météo, pronostics hippiques, "image du jour", bandes-annonces des programmes de la chaine... Car c'est le moment où le public potentiel est le plus nombreux devant les écrans, et donc où il est important de "faire" la plus forte audience justifiant les droits de passage des spots publicitaires (300 à 500 000 Fr en moyenne). On compte environ 30 millions de téléspectateurs face aux J.T. tous les soirs, contre 9 millions de lecteurs de presse, tous titres confondus !
Dès le générique, 2 fonctions sont recherchées : spécifier la symbolique du genre "Journal télévisé", et spécifier celle de la chaîne, sa "couleur", son "créneau" face à ses concurrentes.
Le sommaire peut participer de cette "mise en condition" : voix "off" ou présence du présentateur à l'écran, salut au spectateur, implication de ce dernier (pronoms, réflexions,...)
Le dispositif du plateau a aussi sa symbolique : "vaisseau spatial", bureau "hi-tech", agencement fonctionnel, "transparence" de la technique (caméras, journalistes travaillant à l'arrière-plan...)
Le décor du studio et l'organisation du cadre (échelle de plan vouée au présentateur, présence du logo de la chaîne, redondance des titres par une iconographie adaptée comportant elle-même la "marque" de la chaîne (trait ou lettre rouge pour A2 par exemple) participent également de la stratégie d'ensemble.
Le statut du présentateur est également à prendre en compte : il détient la parole, la "prête" aux journalistes et invités, on la lui "rend" ; par son vocabulaire, son ton, son implication (réflexion ou plaisanterie à la Bruno Masure, héritier en cela d' un Mourousi ou d'un Gicquel, ou présentation "B.C.B.G." type Claire Chazal), il personnalise "son" journal, dont il a rédigé le texte - en ne devant pas utiliser de mots jugés incompressibilités par un public moyen - et qu'il lit au prompteur.
PROPOSITIONS D'EXERCICES.
Quelques exercices rapides et pratiques sur des extraits très courts peuvent faire l'objet d'une première séance pédagogique : observation de la place des caméras, des types de micros, du mode de communication entre le présentateur et sa "régie" (rédacteur en chef, traduction simultanée...), observation (support de discussion avec la classe) d'un sujet sans le son et d'un sujet sans les images...
Outre une série de travaux "classiques" (comparaison des sommaires, chronométrage des informations présentées, étude plus détaillée des dispositifs évoqués ci-dessus), on peut envisager un traitement plus autonome du travail sur le J.T. :
les "littéraires" pourront s'intéresser au champ lexical (le "plus petit dénominateur culturel commun" de Ramonet), au lancement des sujets, aux types de phrases employés (phrases nominales...), à l'"adresse" directe ou non au téléspectateur, aux temps et modes du discours, au comportement face aux journalistes spécialisés et / ou aux invités (déférence, complicité, provocation...),...
les "historiens" pourront plutôt faire une étude particulière du traitement de l'information: durée des sujets, temps réservé au commentaire, au reportage (et dans le reportage, travail particulier sur l'origine et le traitement des images, le rôle du son dans l'apport d'information), au journaliste spécialisé (en plateau ou en communication de l'étranger...) et / ou à l'invité (son statut, la raison de sa présence, son apport à l'information),...
Ces travaux peuvent par exemple s'enrichir de la comparaison du même sujet traité le même soir dans 2 journaux concurrents.
On peut aussi travailler sur des journaux différents, plus courts ou "tout en images" : journaux T.V. régionaux, journaux de la nuit, journaux de la "6", …
On peut envisager également une étude comparative avec la presse écrite (comparaison du sommaire d'un J.T. avec la "une" d'un quotidien, traitement des sujets...) et l'information radiodiffusée.
Liste non exhaustive et adaptable aux niveaux des élèves, au temps dont on dispose, aux objectifs particuliers que l'on poursuit, ... et au fruit de votre imagination!
J. ESTAL